Feu et Glace - Fleurs de mon mal

Fleurs duMal
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LE FEU et LA GLACE


Depuis quelques semaines, j’entretiens par télécopieur une joute littéraire avec un correspondant andalou assez survolté.
Nos propos sont sans tabous ni frontières, seule la passion compte, il me fustige avec ses petits hommes en noirs qui hantent ses cauchemars, je lui réplique avec fougue et désespérance, mes pensées fusent dans ma tête mêlant fantasmes et réalité, me voici transposé sur un grand échiquier où deux Maîtres Chevalier se disputent l’encrier !!

Notre histoire a commencé par un soir de septembre dans un petit restaurant enfumé, Elle était venue avec son mari pour y déguster les spécialités. La belle m’interpelle entre le plat et le dessert « Chris je t’ai bien lu, et souhaite en connaitre plus ».
Par quel subterfuge Elle a lu ma prose, mais cela n’en est pas moins palpitant d’être observé ainsi de la sorte

Je noircis mes feuilles de mon sang intellectuel, impossible de m’arrêter, tout cela me semble tant réel. Que va penser cette observatrice bien curieuse de mes pensées.

Je ne sais par quel coup, de la vie ou celui du sort, le mari de la belle me la confia pour la distraire car Elle s’ennuie toute seule dans leur logis.


Elle est bien jolie avec ses cheveux châtains tirant sur le roux, petits yeux pétillants, grand sourire et un fort accent qui s’arrondit dans sa gorge lorsqu’Elle s’exprime
Allons faire des emplettes au marché, trouver quelques breloques et effets en cuir qu’Elle désire me voir porter, mon look ne lui plait pas « Chris tu es trop strict, laisses-toi un peu aller, viens on va s’amuser ». Son attention se porte sur un poignet de cuir qu’Elle me pose sur le séant et un collier de chien orné de pointes qui font danser ses petits yeux de désir « Que nenni, ma douce tu ne m’attacheras pas à toi comme ça ».

Belle journée pour aller s’enfermer dans une salle sombre, Pasolini en tête d’affiche pour cette petite salle intime où peu de spectateurs sont installés.
Ma belle savoure les premiers plans tout en labourant mon dos de ses ongles cassants, espérant m’extirper un cri puissant, plongeant mes yeux dans le siens, m’exprimant calmement avec un grand sourire et ces mots « tu es bien tempétueuse, mon corps et mon esprit ne t’appartiennent, il te faudra attendre encore avant d’espérer un souffle de ma part ».

Un vent se lève dans le matin lorsque je me réveille de ce doux moment.

Une violente douleur m’étreint depuis peu, je la contiens mais Elle revient plus violemment chaque fois que je m’éloigne d'Elle, quel est cet étrange sortilège que cette belle aux yeux de braise m’a jeté.

Cette douleur grandit en moi, me réchauffe et m’engourdit, je la redoute et pourtant la nourrit du feu intense qui m’est personnel, resté caché tout ce temps au fond de mon esprit torturé par tous ces préceptes et interdits, être comme ceux bien-pensants, qui souhaitent diriger mon destin.

Je ne puis rester dans ce monde où d’autres mots sont proscrits, même si cela doit me conduire au-delà des mots, du temps et pourquoi en finir à jamais pour rejoindre celui des esprits.

Ma tête va exploser et mon cœur s’extraire de la poitrine si je reste trop longtemps loin de ses yeux de braise, fortes sensations qui s’estompent lors d’intenses retrouvailles, baisers enflammés, dents pointues et griffes aiguisées, je ressens sa passion bouillonner dans mes veines qui montent en moi jusqu’à me déchirer le corps.

Cette fois-ci sera plus intense que la précédente, il est temps de ne plus passer d’accord et de se livrer corps à cœur à noyer nos âmes.
Un peu de sang file sur mes lèvres, les siennes contre les miennes, Elle vient s’abreuver à ma source salée, « il est temps maintenant de suivre notre route sans pleurs ni regrets, nous avons signé ce pacte de sang qui nous unis pour la vie ».

Le temps est frais ce matin d’hiver, mon ivresse m’attend de noir vêtu pour me mener, dans un lieu où le silence est requis et la parole sacrée, une petite église peu fréquentée avec son confessionnal, tenu par monsieur l’abbé.

Il fait bon ici sous cette voûte ancestrale, Elle trempe ses doigts dans l’eau bénite et se signe, croyante et provocante en même temps, le bénitier attendra.

Arrivés à notre destination, au fond proche du confessionnal, Elle enlève sa jupe et se dévêtit à demi-nue, j’en fais autant, les caresses aujourd’hui seront violentes et torrides, délivrées par un petit chat dans ses mains expertes « Tu m’obéis dit-Elle, baisses les yeux quand tu me parles, je ne tolère plus ta rébellion ».

Le plaisir requiert ce jour ma soumission, que je remets à ses pieds nus.

Le ciel bleu de décembre fait place à la nuit, sur notre trajet qui nous conduit, à mon antre caché à la lisière d’une forêt, où les cerisiers fleurissent, protègent de la vue mon petit nid douillet.

Le feu crépite dans l’âtre de la cheminée, réchauffant ma demeure isolée « Qu’il fait bon d’être ici, loin du bruit et des regards, tous les deux ensemble ».
Un cœur à corps qui pourra durer plus d’une journée sans s’apaiser, rire, pleurer, se désirer, se caresser.
Mon hypersensibilité me vient de mon enfance, partagée entre deux identités jamais détachées.

Je suis parfois froid comme la glace tandis mon cœur pleure ses larmes invisibles, rire aux éclats tout en perdant mon esprit sur des rives sombres et glacées.

Ma peau douce affole ma compagne qui comprend bien que je suis double, un mutant masculin-féminin qui se rebelle parfois pour faire éclater les liens mentaux qui entravent sa réelle personnalité.

Prenons des forces avant de nous livrer totalement à des rituels ensorcelés.

La table est assemblée, à même une peau de cuir posée, sur le sol frais de la chambre à coucher.
Non loin du grand lit moelleux et de ses montants en osiers où sont noués quelques liens bien tressés.
Ma tendre croque de petits fruits tout en me souriant « Toi tout à l’heure, entre mes doigts ».

Aucune crainte à avoir, nous ne serons pas dérangés, la porte d’entrée bien épaisse est défendue par trois gros verrous, arrêtera tout visiteur impromptu.

Sa beauté féline se détache de la lueur du palier, un feu intense commence à la gagner.

Avant de laisser s’embraser notre atmosphère, un préambule érotique, massage de nos corps, aux huiles d’essences naturelles, le cuir glissera mieux sur nos peaux respectives « Le plaisir passionné sans brutalité ni torture physique inappropriée ».
Tendres baisers enflammés sur son corps dénudé.

Ma belle, ma muse pour cet instant irréel, froisse les draps de son parfum surnaturel.
Mille baisers sur sa bouche, mes mains sensuelles sur seins en caresses jusqu’au bas de ses reins.
J’enlace ses poignets dans les tresses nouées aux montants en osier.
J’entrevois dans son regard un signe à mon égard : « fais-moi souffrir mon amour, pour que mon âme fonde en toi ».
Ses fines chevilles fortement serrées aux sangles du lit, que j’avais bien préparé avant son arrivée.
Ongles d’acier sur main de velours, font crisser sa peau à son passage, mon gant incrusté de métal glisse, le long de son portail sacré, depuis son pubis à l’orée de sa poitrine, ma muse divine crie dans cette nuit étoilée.

Le métal glacé, entre en fusion à l’encontre du bout de ses seins malmenés par ma langue survoltée.
Une stupeur nait dans ses yeux, aucune crainte, muse aux yeux de braises, ce ne sont que les prémices de notre union sulfurée.
Une petite faim me tenaille, un peu de confiture sur son corps nu, que je délecte en délice savoureux.
Ma belle, me regarde furieusement : « Qu’attends-tu pour commencer, je me languis de te caresser, mon tour venu ».
Je pose mon gant d’acier sur la couverture de velours et attrape un petit martinet, qui va l’enchanter.
Le chant du fouet claque sèchement dans l’air surchauffé.

L’ange-gardien fait place à mon démon, de glace est son cœur, noire est son âme
Méthodiquement, le fouet caresse son corps, qui à chaque passage, tressaille de douleur
Râles de plaisir s’échappent de ses lèvres, dont les dents mordent, fermement l’épaisse couverture.
Un mors aurait abîmé, sa denture, blesser sa bouche, tirailler son visage
Le rituel accélère, changement d’accessoire, feuille de houx en flagellation
Les gémissements ont remplacé, les cris, au passage entre ses cuisses

Je ressens la furie de mon double, un peu mutine, qui conçoit sa revanche, entre ses dents
Lèvres plissées, moue grimaçante, Elle n’est point contente
Je vais te ravager, me dit-Elle, prépares-toi, à recevoir mon mal

Notre jeu n’est que plaisir, pas de souffrance inutile
Chacun prend la place de l’autre, ainsi sont nos règles
Avant de la libérer, il me faut la soulager, et soigner son corps
Un baume réparateur, préparé dans la matinée, lui applique
Massant tendrement, le baume fond, en sa profondeur
Grand sourire, en place, de sa moue ravageuse

Merci mon ami, me susurre Elle, mais cela ne suffira pas, pour endiguer ma colère
Tu as été vilain mon petit, à moi maintenant, de t’apprendre mes bonnes manières
Je serais peut-être, clémente avec toi, si tu me supplies, en levant ton doigt
Son rire diabolique résonne, entre les murs de la chambre
Nous échangeons nos deux rôles, son tour va bientôt débuter
« Ne t’impatiente pas, me dit-Elle », « quelques détails à régler, avant de commencer, à te caresser »

En attendant son désir, je vais me restaurer un peu, descends le grand escalier qui mène à ma salle à manger, le bois crépite encore, dans l’âtre de la cheminée.

J’espère que les bruits de nos ébats, n’ont pas perturbé, le sommeil des habitués de la nuit.

Une tartine bien beurrée, deux verres, accompagnés, d’une bouteille de Saint-Amour, pour continuer, notre rituel de plaisirs effrénés.

Ne souhaitant faire attendre ma prêtresse, je remonte d’un pas de loup, jusqu’à la couche de nos échanges sulfurés.
« Ma tendre et passionnée, croque un peu, de ma tartine beurrée » et « laisses-toi bercer par ce breuvage ensorcelé ».
Son sourire fait place, à ses canines blanches, lissées par une langue bien aiguisée
Le Saint-Amour lui a fait monter les degrés, beaucoup plus agité, que lorsque je l’ai quitté.

Ma Maîtresse se languit de mon corps, qu’Elle ne souhaite entraver, par autre que ses désirs.
Ma furie a remplacé le petit chat, par des lanières plus agressives.
« Ton cuir est plus épais, je m’en vais te le tanner »

Par passion et par plaisir inavoué, il faut savoir un peu souffrir

N’étant pas douillet par nature, je m’accroche à mon oreiller, pour éviter à mes griffes, dans ma cuisse, de se planter.
Elle adore me faire griller d’impatience, en effleurant mon corps, de son jouet affuté.
Je sens sa rage, dans ses revers plus appuyés, mon dos commence à chauffer.
« Respire me dit-Elle, j’adoucis un peu ta brulure avec mes lèvres sucrées ».
Le désir rapidement nous submerge, pour une étreinte sensuelle et savoureuse, interférées de griffes et baisers acidulés.
L’aube se lève à peine sur le bois doré, ma sauvage se prélasse, toujours enlacée par Morphée.

Elle a des envies spéciales pour ressentir la passion, Pasolini en est la cause, lecture et cinéma à pratiques SM, lui apporteraient l’orgasme qu’Elle recherche, pense pouvoir assouvir avec moi.
Lors d'un de nos excursions parisiennes, Elle me conduit dans un des endroits les plus chauds de la capitale, un club privé où Elle a ses habitudes "Bienvenue à vous" soirée champagne avec « Honesty » de Billy JOEL au piano bar, je me fais draguer par une habituée des lieux, devant Elle qui se délecte de la situation.

Un lieu de feu s’installe en nous, il nous dévore peu à peu et pourtant nous ne pouvons pas nous en délivrer. Il me réchauffe le corps et m’emballe l’esprit, je devrais pourtant arrêter de la fréquenter pour ma sécurité mentale, mais cela m’est impossible à cet instant.



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